LETTRE DE PIERRE NANTEL À LA MINISTRE DU PATRIMOINE AU SUJET DES RÉCENTES DÉCISIONS AU CRTC

"Nos créateurs d’identités tiennent simplement à contribuer au traitement, plutôt que de se faire imposer des décisions comme un patient gisant inconscient dans la civière".

Voici la lettre que j'ai envoyé à la Ministre du Patrimoine, Shelly Glover, au sujet des récentes décisions du CRTC concernant, entre autres, la réduction des exigences de présentation de contenu canadien à la télévision durant le jour.

Il est inacceptable qu'un gouvernement qui ne comprend rien aux réalités culturelles québécoises ponde des décisions aussi abruptes et nuisibles à nos artisans, créateurs et producteurs de contenu.

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Ottawa, le 25 mars 2015

 

Madame Glover,

Cinq ans de procrastination de votre gouvernement devant la multiplication des écrans et plateformes pour la consommation télévisuelle mènent à une accumulation inévitable de problèmes et la nécessité de mises-à-jour des politiques qui peuvent amener un régulateur, comme Jean-Pierre Blais du CRTC, à vouloir prescrire un remède de cheval. Quand je vous parle de procrastination, je fais notamment référence au rapport très complet sur les médias numériques et émergents que le comité permanent du Patrimoine canadien a complété en 2011, et que votre gouvernement a sciemment ignoré et tabletté. 

Insensible aux cris du patient, c’est donc « pour son bien » que M. Blais ampute le système d’un membre toujours actif. En plus d’être l’heure de grande écoute pour les citoyens les plus jeunes et les plus âgés, le créneau horaire de jour et son quota de contenu culturel canadien aura été un instrument de survie pour la diversité culturelle de notre pays, aux prises avec la puissance et l’attrait de l’industrie américaine au sud. Si le CRTC est à la fois le gardien de la viabilité de notre système de radiodiffusion et des télécommunications, il doit aussi être le gardien de notre écosystème qui a permis l’éclosion de notre diversité culturelle à laquelle les Québécois, tout particulièrement, tiennent tant. 

Il n’y aurait pas eu un tel rayonnement des œuvres de Xavier Dolan ou de Jean-Marc Vallée sans les règles concernant le contenu canadien, qui avaient été mises en place dans l’esprit de la Loi sur la radiodiffusion . De toute évidence, votre gouvernement ne semble pas comprendre de quoi il est question ici. 

Quand les organismes culturels du Québec clament haut et fort que les décisions du CRTC sont trop abruptes, il faut à tout le moins les entendre. La réponse de Jean-Pierre Blais aux préoccupations du milieu culturel québécois sonne faux. Le ton utilisé, frôlant le paternalisme, n’a rien pour maintenir l’essentiel dialogue entre les instances gouvernementales et le milieu culturel. Nos artisans télévisuels ne souhaitent pas s’accorder des « droits immuables », comme M. Blais le dit. Nos créateurs d’identités tiennent simplement à contribuer au traitement, plutôt que de se faire imposer des décisions comme un patient gisant inconscient dans la civière. 

Je croise les doigts pour que le Sommet annoncé pour l’automne 2015 par le CRTC soit un moment de concertation des efforts pour le maintien de cette culture qui nous distingue partout au Canada. J’en espère deux choses : que les organismes culturels seront entendus, contrairement aux audiences Parlons Télé du CRTC, et que vous, en tant que Ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, vous ne tirerez pas le tapis sous les pieds de toute la communauté culturelle en censurant certains sujets aussi cruciaux que la nouvelle offre télévisuelle en ligne. Votre intervention tout à fait inappropriée en ce sens au deuxième jour des audiences Parlons Télé l’automne dernier a été reçue comme une douche froide par toute l’industrie culturelle. 

Salutations cordiales,

 

Pierre Nantel

Député de Longueuil—Pierre-Boucher

Porte-parole de l’Opposition officielle en matière de Patrimoine